Fiche : Marielle Macé - Le genre littéraire (GF) chapitres 1 & 2.

Introduction.

  • Constat de J. Paulhan : les écrivains modernes se défient des genres ; à qui sert alors de se questionner sur ceux-ci ? Est-ce pure convention ?
  • A QUOI SERVENT LES GENRES ?
    1. A classer. (outil d’identification, + code de communication).
    2. A mettre en évidence une pratique des genres : ils servent à ÉCRIRE, à LIRE et à INTERPRÉTER.
    3. Permettent une ÉVALUATION, une PENSÉE, voire une ACTION littéraire ; ou encore un prolongement dans la vie (le romanesque désigne la mobilisation du roman et « l’épanchement du songe dans la vie réelle. »)
  • Lié à l’anthropologie (cf. Marthe Robert : le genre est l’unique moyen pour un individu de reconstituer son histoire intérieure, la fiction nécessaire de ses origines ; ou P. Ricœur : le récit seul permet de donner un sens au temps.)
  • Dans œuvre dramatique : transposition + règlement s/ scène des conflits sociaux.
  • Fonctions des genres : ESTHÉTIQUE, HERMÉNEUTIQUE, AFFECTIVE, POLITIQUE…

 

A.] DES GÉNÉRALITÉS INTERMÉDIAIRES.

  • Pas nécessaire de savoir définir les genres pour les mobiliser ; il y a une sorte de « connotation de genre », regard générique informant massivement l’écriture.
  • Genres : pas des objets mais « les supports d’opérations accomplies par les acteurs de la vie littéraire. »
  • Occupent une place médiane entre littérature /œuvres, auteur/lecteur, histoire/théorieA. Compagnon (sur le site de Fabula !) définit le genre comme « une généralité intermédiaire. » Il est la médiation entre les distinctions.
  • Pertinence définie par Borges (in Le roman Policier  : « penser, c’est généraliser et nous avons besoin de ses utiles archétypes de Platon pour affirmer quoi que ce soit. Alors, pourquoi ne pas affirmer qu’il a des genres littéraires ? »)
  • Genre dévoile les différentes dimensions de l’espace littéraire :
    1. Général et non universel.
    2. Élément d’un système de relations, + mémoire.
    3. Soupçon : il présente tous les traits d’une INSTITUTION. Objet d’une pratique sociale (intéresse les ethnologues et les sociologues.)
    4. Littérature : pas un langage.
  • Recherche : d’une acception vaste, permettant d’accueillir tous les genres + fonction de la « TRIADEROMANTIQUE » + des tableaux de narratologie…
  • MÉDIATION et FILTRAGE : pour échapper à l’idéalité des genres + acceptation des genres comme sortes de transcendances.
  • Statut de la « généralité intermédiaire » lève un embarras de méthode : la circulation de l’approche générique. T. Todorov (in Les genres du discours) : « impasse méthodologique exemplaire ». Genre = convention particulière ; image du TOURNIQUET dialectique, qui prend acte d’une alliance entre réalité/systématique.
  • Vision pragmatique des genres : en terme de FONCTION ET PRATIQUES. La valeur d’usage prime…

 B.] LES UTILISATEURS DES GENRES.

  • Jean-Marie Schaeffer : « s’il existe une compétence générique, elle ne saurait être que celle des auteurs ou des lecteurs, non des textes. » (in Qu’est-ce qu’un genre littéraire ?)
  • Servent aux divers acteurs de la vie littéraire selon des modalités différentes. (notions savantes ou outils ordinaires…)

-         Les genres et les auteurs.

  • Les jeunes écrivains font des genres un ensemble de règles.
  • Importance pourtant de la mémoire pour écrire : ex : la parodie demande de maîtriser les genres.
  • « Il existe en effet une PRESSION des genres sur les œuvres qui s’écrivent ; cette contrainte peut s’exercer sous l’espèce d’une loi ou d’une contrainte [ cas des formes fixes] ; mais aussi sous la forme plus souple d’une attirance, faisant de l’espace des genres une sorte de champ magnétique. » ex : la fragmentation de Nadja : entre lyrisme, pamphlet…
  • Genre : une direction pour l’écriture, un mode de conceptualisation changeant le cours d’un événement narré. (ex : L’aventure napoléonienne dans La Légende des siècles / La chartreuse de Parme.
  • Essentiel : pluralité des relations reliant écriture / genre. « il ne s’agit pas nécessairement pour un texte d’appartenir à un genre, mais d’intégrer la référence générique aux modalités de son invention. » ; respect ou écart ; le genre comme « invitation à la forme » (Claudio Guillen.)
  • Force programmatique par rapport à l’évolution des genres ; la « transgression générique » = cas de modulation du genre, historiquement marqué, marque la conception de l’invention (Reprise de l’hagiographie dans Saint-Genet de Sartre, hésitation entre roman /essai pour La Recherche.)
  • Autre usage des genres : la citation ; « les genres insérés ou les cas de « mimesis formelle » c'est-à-dire de simulation d’actes de paroles « sérieux » dans des textes de fiction sont de bons exemples de l’ampleur du fonctionnement des références générales. »
  • Ex : La Chambre Claire de Barthes référence constante aux topiques de la conversation ; le recours au journal dans les Faux-monnayeurs : exploration de la sincérité + relation horizontale sur « l’archigenre » de l’écriture de soi.
  • Pression accentuée = un USAGE STATUTAIRE DES GENRES. (Jean-Marie Schaeffer : « dans la littérature occidentale, du moins depuis la Renaissance, le différenciation générique de plus en plus marquée doit permettre à chaque auteur de déterminer le lieu littéraire que l’œuvre qu’il crée doit et peut occuper dans le système littéraire historique. »)

+ ouvrage de Bourdieu s/ hiérarchie des genres // celle des écrivains ®entrée du genre dans une stratégie. (ex : consécration de l’épopée, puis dans le lyrique et enfin, dans le roman.)

* Peut-on, comme Swann s’en lamente sur Odette, se tromper de genre ? Ex : le roman à thèse est souvent perçu comme la transposition incomplètement incarnée d’un système théorique. Usage conscient des genres par l’auteur menace son personnage de cette accusation (ex : Emma Bovary se croit dans un roman sentimental.) « Cette méprise générique est d’ailleurs l’un des moteurs de l’histoire du roman, l’auteur dévoilant par le malentendu, la charge et la confusion des pratiques les attentes majeures du genre. »

-         Les genres et les lecteurs.

  • Les genres = catégorie de réception. Ex : Catherine Millet : quatrième de couverture = tradition érotique (VS) incipit : souvenir d’enfance + nombres.
  • Déplacement de l’horizon, ajustement de l’écriture selon les veines d’écriture (autobiographique ; érotique ; gnomique.)
  • « Le genre est un crible fondamental de la lecture (…) il faudrait faire une phénoménologie de la perception générique, qui commencerait par la pratique du livre. » : « c’est l’objet livre qui conditionne la perception des genres pour le lecteur, qui est d’abord un acheteur dans une librairie ou un emprunteur dans une bibliothèque. »
  • Existence générique conditionnée par ce que Genette nomme les « paratextes. » + matérialité du livre.
  • Une COMPETENCE GENERIQUE du lecteur pour reprendre l’expression de Jauss, qui fait que, par un certain nombre de signes, le lecteur reconnait rapidement les genres ou mode d’expression littéraire. Cette compétence repose sur l’horizon d’attente (« ensemble de règles préexistant pour orienter la compréhension du lecteur et lui permettre une réception appréciative » + phénoménologue M. Dufrenne et la notion « d’intentionnalité. »
  • Comment les lecteurs acquièrent-ils cette compétence ? « Tout trait esthétique est en fait susceptible de devenir un trait de genre, une fois répété, varié, intégré à un ensemble de signifiants. »
  • Pierre constitutive de cette connaissance des genres : la mémoire et l’école. + certains genres dépendent d’un savoir porté sur d’autres genre. Ex : le contre-blason et l’éloge paradoxal.
  • « Devant la nouveauté, la répétition et l’accumulation sont nécessaires pour instituer une innovation générique. »
  • Mais qu’est-ce que l’expérience du genre ? « le regard générique est un « sentiment du tout » qui conditionne le type probable du sens » » et place l’œuvre à un carrefour. A. Compagnon : « le locuteur anticipe l’espèce de choses qu’il dira, mais le sens particularisé dépendra du détail de la suite, dans le cadre du genre intrinsèque (relativement tolérant, compréhensif.) ».

Cette attente = « liste de noms » comme « cadre de connaissance et d’expérience pour le lecteur. » ex : on n’attend pas d’un poème en prose qu’il soit un manifeste, même s’il peut remplir ce rôle et déplacer ainsi l’horizon d’attente.

  • LECTURE = cette expérience de reconnaissance par les traits du genre. Ex : l’Église chez Proust, témoignant du sentiment religieux et la médiation de l’œuvre lui permet selon G. Genette de « passer d’un singulier à l’autre à travers une essence commune. »
  • Reconnaissance = palimpseste de l’épopée dans le Voyage. « passion du général et refus de l’abstrait, le plaisir générique suppose une incarnation ; c’est aussi un sentiment structural par excellence : on ne reconnaît pas nécessairement un objet parce qu’on l’a déjà vu, mais parce qu’on possède la conscience de la règle et de la généralité, des ressemblances et des dissemblances. »
  • Reconnaissance des traits dans la parodie (ex ; incipit du Roman Comique de Scarron parodiant les récits précieux.) ou dans leur transgression (ex : le désordre dans les Faux-monnayeurs.).
  • « La perception de genre, en cela, a aussi à voir avec le lieu commun, que se soit du côté de l’affect ou de l’empathie avec la reconnaissance, ou du côté de la parodie, du pastiche, de la répétition prosaïque que l’on retrouve régulièrement comme marque de genre ».
  • // renouveau des études génériques / rhétoriques. : s/ ce qui est un accord partagé entre membres d’une communauté.
  • Jean-Marie Schaeffer parle de « généricité lectoriale » : il se réfère à une possibilité pour le lecteur de décider du genre de l’œuvre, « d’inscrire celle-ci dans une classe à partir de l’observation de ressemblances ou d’analogies et non nécessairement du constat de dérivations attestées dans l’Histoire. » ex : pour T. Todorov, le genre fantastique est flou, « genre évanescent » qui peut être ou non mobilisé + hésitation programmée quant aux phénomènes rapportés, « hésitation qui est à l’interface d’une décision auctoriale et d’une perception de genre. »
  • Participation du lecteur se reflète dans le terme de « PACTE » manifestation une médiation ; cette notion permet à Philippe Lejeune de définir l’autobiographie, reposant sur un contrat (« framing ») encadrant l’œuvre. Celui-ci même connaît de nombreuses variations au cours de l’histoire littéraire.

-         Les genres et les critiques.

  • Genre = accompagne les différents degrés de lecture. Informe la réception, mais aussi l’interprétation. Un outil pour la critique. « à vrai dire les genres sont peut-être essentiellement un résultat de l’activité critique, troisième espace fondamentale des pratiques génériques. »
  • Thibaudet : « le critique est un homme pour qui les genres existent. » ; ou, du moins, il doit faire comme s’ils existaient.
  • GENRE = IDÉE RÉGULATRICE appelant un regard sur l’histoire dans le cas d’œuvres passées, sur l’avenir lorsqu’il s’agit de la théorie du possible. Peut-être est-ce le seul objet épistémologique que possède la critique.
  • « Le genre sert tout à la fois l’identification, la description, l’évaluation, la canonisation, la taxinomie. »
  • Lanson : genre = étape entre individuel et institution.
  • L’attribution d’un genre entraîne des interprétations et est lourde de sens. Ex : Manon Lescault, d’abord lu selon lecture allégorique = convertir / récit d’amour = principe de plaisir + perversion.
  • Utilisation du genre pour évaluer l’œuvre ; PROBLÉMATIQUE : la généricité peut
  1. ) faire argument (ex : Koltès et la tragédie.)
  2. ) faire contre-argument. 
  • « Reste qu’une dynamique globale de conquête générique organise l’histoire de la réception et les processus de canonisation, ne serait-ce que parce que la comparaison est indispensable à l’évaluation. »
  • Subdivision en sous-genres.
  • Construction de genres par le critique, pour remplir la classification. La classification doit accepter un principe d’hétérogénéité car il n’y a pas de clôture : « les classifications artistiques fonctionnent par espèces et genres très diversement ouverts ou fermé : sonnet / roman / littérature. » (G. Genette).
  • « Les genres sont à la fois trop et trop peu identifiants. » De plus, un texte peut participer de plusieurs genres ; ex : W ou le souvenir d’enfance est rompant d’aventure / autobiographie/ récit allégorique. + changement d’assignation selon le contexte (Le Don Quichotte parodié, dont Borges forge la fiction.)
  • Les genres s’imbriquent les uns dans les autres, se mêlent dans leurs lieux communs. « L’hétérogénéité de ces modes d’organisation est essentielle, elle témoigne de ce que les genres ne se construisent pas sur la variation d’un unique critère qui définirait in fine la littérarité. Une organisation cependant se dessine, aux critères multiples, suivant un ordre précisément esthétique que le chapelet des auteurs, des périodes, et l’enchaînement des chef d’œuvre ne suffirait pas à incarner. »
  • Généricité participe à « l’architextualité » (G. Genette) : « forme plurielle de transcendance textuelle, qui est l’objet même de la poétique. »

C.] LA NATURE DES GENRES.

  • Comparaison avec un harem (G. Genette !)
  • S’intéresser aux relations entretenues entre un texte et un genre. Relations entre œuvres/genres, entre les œuvres elles-mêmes, entre nous /les genres.
  • Histoire des genres = réflexion passe par la mobilisation d’images, un imaginaire modulé selon l’histoire et les constructions théoriques, qui détermine la nature du système de genre, leur façon d’apparaître, de se modifier. Interroger la métaphore…

-         L’imaginaire des genres.

  • Genre = moule, système interne de règles, prescription de la pureté aux auteurs.
  • Assouplir la notion de PRESCRIPTION, entendu moins comme un dogme que comme un « répertoire de moyens efficaces au service d’une finalité esthétique. »
  • G. Genette in Figures V réévalue l’idée de CONVENANCE en termes empiriques (Corneille : « le but du poète est de plaire selon les règles de son art. »)
  • Envisagé comme famille organisée autour d’un arbre généalogique, qui garde des traces de parenté et mémoire ; ex : l’essai et le parent du commentaire.
  • Métaphore de l’ORGANISME ; le genre permet à la littérature de se constituer de façon stable. Absence d’un genre = amputation.
  •   →MISE EN ÉVIDENCE PAR LE RAPPORT A L’IMAGINAIRE DE LA FONCTION DES GENRES. (image du monstre et des excréments chez Montaigne : ses Essais se sont substitués aux règles des commentaires, tout en régénérant sa conduite.
  • Genre = ESPÈCE pour Brunetière : le système des genres fonctionne selon un principe agonique –lutte constante- et une vision évolutive.
  • Classement réalisé à la Renaissance ; une pensée qui rend compte de la fixité des genres. (VS) organisation en tableau, selon des croisements de critères. Lesquels s’accommodent des divers genres de récit. Cette conception est inventive : mise en évidence de nouveaux genres inexploités, de genres potentiels envisagés par rapport à l’histoire. Une DÉNATURALISATION des genres rejoignant les conceptions de Platon ou d’Aristote.
  • Que recouvre le tableau : la littérature ? Une réalité intermédiaire ?
  • Genres = CONSTELLATIONS, regroupement de réalités isolées, établit des liens entre des œuvres isolées. Des confessions de Saint-Augustin aux Essais de Montaigne ®écriture de soi.
  • Image concurrente : des décors et des cadres : les genres ont un statut conventionnel. A. Compagnon : les genres s’individualisent sur fond institutionnel : les genres. Définition de Bourdieu : décrire la trajectoire d’un écrivain et conquête de valeur d’une œuvre dans un espace hiérarchisé et un système de choix.
  • 4 APPROCHES PEUVENT ÊTRE DÉGAGÉES : ONTOLOGIQUE, TAXINOMIQUE, RHÉTORIQUE ET PRAGMATIQUE.
  • Préférence accordée à la métaphore du TAMIS : Genre es un MODÈLE, statut de MÉDIATION.
  • Décider d’une ontologie tolérante pour la notion (Fowler et Schaeffer) et « comprendre comment la conception de valeur littéraire à chaque époque a pu faire basculer dans l’un ou l’autre de ces imaginaires. »

-         La relation générique.

  • Les différences sur le statut des genres s’explique par les variation de nature de la relation générique. Les genres divers impliquent des rapports différents à la littérature, et leur trait ne participe pas pareillement à l’édification de la littérature. « Tout trait de genre n’est pas une loi de genre. ». simple connotation.
  • Schaeffer : organisation des différents types de relation qu’un texte peut entretenir avec un genre :
  1. REGIME D’AMPLIFICATION. Texte = exemple du genre (récit, drame.)
  2. REGIME DE Chaque texte modifie et institue les propriétés du genre auquel il se rattache.
    1. Classes reposant s/ l’application d’une règle formelle (le sonnet.)
    2. Classes généalogiques (remodèlent une normes par hypertextualité.)
    3. Classes analogiques : fondées s/ ressemblance, relève d’une décision du lecteur.

diversité des relations qui implique une diversité dans les écarts et dans les variations.

* Pluralité irréductible : ex : la complexité de l’appartenance à un genre est abordée par Derrida avec le couple APPARTENANCE / PARTICIPATION ; pose le problème du nom du genre (étiquette et traits génériques, identifiants ou qualités graduelles.) « Les noms de genres sont alors moins des cases que des objets actifs dans la production et la réception des œuvres. »

-         La foule des genres.

  • Question d’ordre quantitatif : y a-t-il une infinité de genres ? Carte de la littérature // à celle des genres ? Penser cette foule comme « une multitude en extension, ou comme l’espace de recherche d’une clé de la littérature dont les frontières seraient déjà tracées et qui se résorbe en général en trinité. »
  • Un nom de genre n’est pas interchangeable.
  • Notion de système historique des genres (formaliste russe Tynianov) : considère les relations entre les genres à une époque donnée. Ils fonctionnent dans un rapport de distribution des formes : ils ne sont pas des substances mais «  des champs phénoménaux délimités différentiellement. »(JM Schaeffer)
  • Une exigence d’ « archigenre  »dans cette historicité des genres (ex : la conversation du 17ème structure les discours moralistes.) G. Genette parle du système générique comme « un réseau complexe de relations entrelacées » (in Figures V) ; + idée de « l’air de famille » wittgensteinien.
  • Si l’on accepte l’historicité, il faut élargir le spectre des genres. Alastair Fowler : la littérature n’est pas ce que les œuvre ont en commun mais l’espace culturel partagé dans lequel elle s’inscrivent.
  • Renoncer à la systématicité des genres (Genette ) et accepter l’arbitraire de « formes simples » (Jolles).
  • En matière de genre, il ‘y a pas de hiérarchisation sur le plan théorique ou historique. 
  • Perte de l’évidence de la question du genre à l’époque moderne : écriture et lecture suivent un autre fil : « au 19ème, c’était le génie individuel, aujourd’hui celui de l’autonomie de la logique textuelle. »
  • Quelle évolution dans l’histoire des genres ?

D.] L’ÉVOLUTION D’IDÉE DE GENRE.

  • JM Schaeffer : histoire des genres = celle des modulations de la logique de départ, présente dans La Poétique d’Aristote.
  • 3 logiques génériques dans La Poétique :
    1. Attitude essentialiste : le genre = être naturel.
    2. Injonction pour une forme réussie.
    3. Logique descriptive : sur la diversité des œuvres, donne les principes d’une analyse distributive.
  • Tripartition de Jauss entre approche normative (ante rem) ; taxinomique (post rem) et historique (in re) ®enrichit la topographie d’Aristote.
  • Histoire et idée de genre = question de l’attitude théorique envisagée.
  • Littérature moderne : évolution :
    1. Normative (dans l’idéal classique de convenance générique, notion d’imitation et formes rhétoriques.)
    2. Essentialiste (pensée promue par le Romantisme, Hegel et l’essentialisme de Brunetière.)
    3. Structurale (triomphe dans la narratologie)
    4. Pragmatique : Alastair Fowler, JM Schaeffer. : insiste sur les pratiques du genre et leur transformations selon les contextes historiques.
  • De là : quel espace est considéré ?Longtemps, par ex, le lyrique est resté hors champs car il n’entrait pas dans la catégorie de la mimesis, critère de poésie pour Aristote.
  • G. Genette a étudié ce mouvement, insiste sur l’aspect tardif de la triade romantique et l’illusion rétrospective qui nous amène à projeter sur le texte d’Aristote l’articulation de notre littérature.
  • Tentative du 20ème siècle pour passer de 3 à 4 genres (avec l’ESSAI ou L’AUTOBIOGRAPHIE.) Tentation de la systématisation…
  • Extension du domaine de la généricité, inséparable d’une interrogation sur les rapports entre poétique /rhétorique /linguistique.= ? de la relation entre genre littéraire / genres du discours / niveaux de style et mode d’énonciation. Entrelacés, il sont difficiles à cerner.
  • Classification générique du Moyen-Age : combinatoire qui met en concurrence des systèmes :
    1. triade rhétorique (délibératif ; épidictique et judiciaire).
    2. triade stylistique (bas, moyen, élevé)
    3. triade modale (narratif, mimétique, mixte).
    4. les distributions thématiques.

LA ROUE DE VIRGILE. (Aelius Donat) : ambigüité des rapports historiques entre littérature et rhétorique.

  • Rupture à l’époque romantique : qui renverse les rapports entre généricité et littérarité. Longtemps, la convenance générique à décidé de la valeur d’une œuvre et a été l’objet de la critique.
  • Période classique : littérature coextensive aux genres.
  • Désormais, l’appartenance générique distingue la littérature de masse et de qualité. Et « la valeur attribuée aux œuvres est ‘inversement proportionnelle’ (Dominique Combe) à la représentation que l’on se fait de leur obéissance aux genres. » Primat d’autres topiques dans la littérature moderne (l’oralité…).
  • Cependant répétition de la haine du genre : «  le refus des genres ou les situations de transgression se sont en effet répétés, et l’on peut décider d’en faire autant de signes de transformation générique, d’apparition de nouvelles pratiques des genres. »
  • Différentes façons d’envisager la transgression selon qu’il s’agit du baroque , de l’indifférence moderne aux genres et de l’ironie post-moderne. A l’époque classique, déroger à une règle se résorbe dans le système des genres, le mélange n’était envisageable qu’au niveau de l’œuvre. Genette in Figures V : « Le poème burlesque hybride un mode narratif et un contenu comique. » De là, la création d’un nouveau genrerenforce l’idée de genre.
  • Romantisme : mélange qui ne se résorbe pas… Déclasse l’idée de genre et « replie la problématique définitionnelle au plan de l’œuvre, de sa pluralité interne, de la diversité essentielle du réel. » ®en faire des « pratiques du genre ».
  • Modernisme : substitue à l’interrogation des genres, une interrogation sur le texte.
  • Ex : la poésie de Rimbaud met en évidence les problèmes d’échelle sur l’appréciation des genres (« Le livre ou la vie ? «  demande Breton.)
  • « L’affaiblissement des différenciations génériques concerne cependant surtout la littérature savante « dernier refuge de l’autonomie de l’art » (Michel Murat, « Comment les genres font de la résistance ? » in L’éclatement des genres littéraires.) où l’idée même d’écrire enferme désormais celle de l’invention d’un lieu inédit. » Ce qui ferait du « TEXTE » un genre…
  • → Comprendre quels outils théoriques se sont superposés ou substitués à ceux de genre sans considérer que l’approche par ceux-ci soit désuète. (ex : notion d’intertextualité « passage d’un régime générique à un régime paragénérique » ®depuis Bakhtine, ce mode de rapprochement fait du genre romanesque l’espace de citations généralisées, d’imitation et de détournement et donne un texte ou un genre pour point d’accroche.)
  • Notion d’HYBRIDATION (rend compte de l’hyperlittérarité) : n’annule pas la réflexion sur les genres, met l’accent sur certaines pratiques plutôt que d’autres.
  • Michel Murat énumère ainsi les pratiques du genre propre à la modernité ;
  1. L’indifférenciation (deux échelles : livre / texte).
  2. Usage ludique des noms de genres (Essai sur les Essais de Butor).
  3. Translation (du texte à l’écran).
  4. diversification (formes de l’autobiographie).
  5. Saturation d’une forme (La Recherche et la forme romanesque.)
  6. Changement de genre au cours de la genèse de l’œuvre (le Contre Sainte-Beuve.)
  7. Le refus de trancher.

(ex : description de Nadja par les formes génériques permet de rendre compte de la lisibilité du livre.)

« La permanence des genres réside dans le maintien de leurs fonctions fortes, fût-ce celle d’un appel à la désobéissance. »

 E.] LES GENRES ET LA TEMPORALITÉ LITTÉRAIRE.

  • Les genres sont la part esthétique de l’histoire littéraire. Chaque genre a son histoire. Une remarque : les genres référentiels (Mémoires, journal…) semblent plus stables et moins changeant sur le temps que leurs correspondant fictionnel ou poétiques.
  • Plusieurs temporalités à l’intérieur de l’histoire d’un genre ; elle se superpose à celle des pratiques, des institutions et des représentations. Ex : anachronisme de l’épopée au 18ème siècle.
  • Apparemment absent du système des genres classiques, le roman, malgré cette impossibilité théorique est très présent au 17ème siècle. De même, l’essai, envahissant les titres n’était que peu considéré au 19ème.
  • « L’immobilité apparente des répétitions croise le rythme des chefs d’œuvre, histoire des ‘œuvres saillantes qui créent ou abolissent une norme’ définies par ‘une modification aussi inattendue qu’enrichissante de l’horizon d’un genre’ (Jauss).  »
  • Notion de « tuilage » de Paul Ricœur : une « histoire d’ouverture et de réduction de possibles qui ne sont discernable que rétrospectivement. » Des superpositions dans l’histoire des genres.
  • Naissance et évolution, mort des genres. Brunetière se serait simplement trompé de métaphore en parlant des genres comme des êtres vivants. « Il faut insister sur la réversibilité du temps des genres, qu’incarnent par exemple l’attribution générique rétroactive, ou ce que Pierre Bayard appelle le « plagiat par anticipation ». » Nous lisons les confessions de Saint-Augustin par le biais des Confessions de Rousseau.
  • Naissance d’un genre : pas ex-nihilo : elle résulte d’un assemblage, ou « d’une transplantation depuis le non-littéraire. » (ex ; l’exemplum dans la nouvelle ; Peter Brooks : le mélodrame est réaménagement de la tragédie devenue impossible.)
  • Des renaissances de genres sont possibles : ex : le Moyen-Age et le roman, reprises et oubli (les Essais).
  • Naissance et reprise des genres : présuppose une série d’événements littéraires, une évolution et une reconfiguration du champ générique. Le nouveau genre « mord » sur l’espace des autres.
  • En se divisant selon des fonctions, le un genre donne naissance à des genres : redistribution du sermon en poésie et en critique selon Brunetière. + Correction de Thibaudet.
  • Combinaison de plusieurs genres pour en créer un autre (ex : perception romantique du roman moderne ; Victor Hugo : « L’épopée a pu être fondue dans le drame, et le résultat, c’est cette merveilleuse nouveauté littéraire qui est en même temps une puissance sociale, le roman. »
  • Un trait discursif peut se transformer en signal générique dans un « processus de générisation ». Un trait de genre ne vaut que « relativement à son contexte, c’est-à-dire à sa sphère générique. » (Genette, Figures V) et peut changer de sens dans l’histoire du genre : brièveté de Montaigne et de Nietzsche : désigne des contraintes discursives proches, mais avec des sens différents. (La fable Pierre Ménard de Borges est moins sur la lecture que sur la réception de l’intention.)
  • Mort d’un genre : pas comme celle d’un individu. Il se déplace, voire se trouve recyclé. Sa disparition repose sur une adéquation institutionnelle, un transfert et une substitution (ex : l’histoire a remplacé l’épopée par le romance ou le romanesque, celui-ci par le novel ou le roman réaliste moderne, dégageant celui-ci de la spécialisation comique.)
  • Difficulté à percevoir la disparition d’un genre : illusion d’une permanence par les noms qui perdurent, laïcisation de la médiation…
  • Imitation à la chaîne qui produit un effet entropique, facteur de régression. La fixation en stéréotype explique l’échec de la Franciade ou de la Henriade, l’épuisement du vaudeville… ®Mettre en évidence le rôle de la parodie, du pastiche et de la transgression non sérieuse dans l’évolution. L’imitation accroît le plaisir générique, surtout en contexte de paralittérature (Holmes et Watson.)
  • Genre = objet de mémoire propre à la littérature, l’anachronisme de la mention générique produit un effet de sens puissant.
  • Évolution de la hiérarchie générique par la participation des genres ; on peut citer : l’isolement des genres dramatiques, effets de compensation et de segmentation, transformation du rapport d’inclusion de l’autobiographie et des Mémoires, la loi de Tynianov sur la canonisation des genres littéraires.
  • « Cette historicité des systèmes de genres invite, à chaque fois que l’on s’intéresse à une forme à chercher les repères des états anciens de la pensée des genres. » Découpages différents de l’espace littéraire selon les époques. Des impossibilités à traduire dans un autre système de genres.
  • « Tout phénomène de transformation générique peut déplacer non seulement ces lignes internes mais aussi les frontières externes de la littérature : la transformation d’un pôle rejaillit sur les autres et rend visible la mobilité de tout le système. » (ex : l’essai : des relations et des modifications réciproques « une nouvelle partition entre l’écriture littéraire et l’écriture de savoir, manifestant combien, après le deuil de l’humanisme, la littérature et les sciences humaines se disputent leur territoire et leurs objets. »
  • Historicité des genres :
    1. Évolution interne, et leur relation.
    2. Évolution externe, communication entre l’espace littéraire et un au-dehors.

 

  • « Les genres forment ainsi la carte et la mémoire du littéraire. »
  • Support de l’expérience esthétique, ils accentuent, dans notre perception des œuvres le rapport au passé et le rapport au possible, la conscience de la généralité et la promesse de l’événement.

 

I. GENÈSE DES GENRES.

1. PLATON.

  • Livre III République : nécessité de contrôler le contenu de la poésie.
  • Propose d’ordonner selon des critères énonciatifs : narration (VS) représentation.
  • 3 modalités d’exposition de l’action :
    1. Mimesis (drame ; personnage simule la parole d’un personnage.)
    2. diégésis (dithyrambe ; récit où le poète parle en son nom propre.)
    3. mode mixte (épopée).
  • Lutte contre les formes de l’illusion sensible.
  • Organisation hiérarchique : la plus haute dignité à la poésie la moins représentative.
  • Classement ré-étendu par Aristote : étend la sphère de la représentation à toute poésie.
  • Platon définit des modalités d’énonciation et non l’essence des œuvres ou leur finalité propre ; elle est pourtant à l’origine de toute l’histoire des genres. « G. Genette insistera sur ce malentendu fondateur, qui nous fait rabattre sur les modes platoniciens la triade romantique des genres, c’est-à-dire naturaliser nos découpages et oublier leur modernité. »

2. ARISTOTE.

  • (VS) Platon ; passage d’une théorie des modes à une théorie des genres, dont la difficulté est exposée dans La Poétique.
  • Rétablit des distinctions parmi les formes littéraires et élargit l’espace de la représentation. Le récit pour Platon devient chez Aristote, une modalité mimétique.
  • Opposition : narration (VS) drama. Qui oriente la classification des genres chez Aristote à partir la mimesis.
  • Distingue :
    1. Les moyens (sons, images, rythmes…)
    2. Les des histoires.
    3. Les modes de la mimesis.
  • Au croisement, chercher la détermination de catégories génériques, ou espèces (eidès) de l’art poétique, selon un « système tabulaire qui relève d’inclusions multiples » (G. Genette). 
  • Critère mimétique / critère métrique dans l’étude des moyens ; le vers est un critère incontournable.
  • Préférence accordé au critère mimétique autorise la littérature moderne à s’agréger un genre en prose, « littéraire par fiction », le roman, envisagé comme sommet de son système générique.
  • Critère de l’objet : définition axiologique fait la distinction comédie / tragédie… : permet d’établir des distinctions. (Personnages pires ou mieux que nous ; reste une case intacte, celui où les personnages sont semblables à nous = « une place à prendre » (Genette) qui a vu l’émergence du roman.)
  • Le critère modal implique une hiérarchie faisant de la représentation directe (du drame ) le point central et la référence du jugement. Partage le silence de Platon sur la question problématique de la poésie lyrique et qui posera question aux poéticiens voulant établir sue cette base modale les fondements de la triade drame / récit /lyrisme.
  • Entreprise analytique + prescriptive : réflexion sur « la façon dont il faut composer les histoires si l’on veut que la poésie soit réussie. » Informe une grande partie de l’histoire de la littérature et une attitude essentialiste (les genres expliqués par la théorie des tempéraments)
  • Pour JM Schaeffer, cette alliance de description, de prescriptions et d’essentialisme introduit les notions génériques.

3. HORACE.

  • in Epître aux Pisons . Horace expose l’esthétique du théâtre romain à partir d’une théorie de la beauté. Traité à finalité pratique, convoque des modèles.
  • Priorité donnée au drame et à la mimesis ; emprunte l’attitude essentialiste et prescriptive de la Poétique sur les genres.
  • La vision de la chimère = œuvre burlesque (Vs) la cohérence et la forma (aristotélicienne) ; tragédie comme être organisé, avec une finalité propre.
  • Accent mis sur l’unité de l’œuvre, comme celle de l’organisme. Un « sort » distribue les propriétés génériques : désigne une essence ou le dépôt dans l’institution d’un art efficace ?
  • La notion normative et pragmatique de convenance est en jeu et gouvernera les théories classiques.
  • « JM Schaeffer : la convenance assure la réversibilité entre la poétique et la critique ; à certaines époques, l’écriture et la lecture sont en effet les deux faces d’une même médaille, celle qui frappe la clarté de la conscience générique.  »

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