Antonin Artaud : Le théâtre et son double.

Confusion = fruit rupture de choses/parole, l'idée, signe qui en sont la représentation.

" le théâtre est fait pour permettre à nos refoulements deux prendre vie, une sorte d'atroce poésie s'exprime par des actes bizarres."

Art et culture ne peuvent aller d'accord, contrairement à l'usage qui en effet universellement.

Le théâtre a des ombres, qui ont brisé leurs limitations. Bouge, se sert d'instruments vivants pour agiter les ombres.

N'est dans rien, mais se sert de tous les langages : parole, musique... Faire du théâtre = briser le langage pour toucher la vie. Métaphore du théâtre comme peste.

Les images de la poésie au théâtre sont une force spirituelle qui commence sa trajectoire dans le sensible et se passe de la réalité. Le théâtre à quelque chose de victorieux et de vengeur. " Car il ne peut y avoir théâtre qu'au moment où commence réellement l'impossible et où la poésie qui se passe sur la scène alimente et surchauffe des symboles réalisés."

" Une vraie pièce de théâtre bouscule le repos des sens, libère l'inconscient comprimé, pousse à une sorte de révolte virtuelle."

Le théâtre est un formidable appel de force ramenant par l'exemple l'esprit à la source de ces conflits : un révélateur.

 

La mise en scène et la métaphysique.

Grandeur poétique = poétique des idées métaphysiques, leur profondeur spirituelle crée l'harmonie du tableau. Le dialogue n'appartient pas spécifiquement à la scène." Langage concret de la scène destiné au sens, indépendant de la parole doit d'abord satisfaire les sens. Il y a une poésie pour les sens."

Quel langage solide et matériel ? Une substitution à la poésie du langage d'une poésie dans l'espace qui se résout dans le domaine extérieur ou mots :

Moyen d'expression : musique, danse, plastiques et pantomime, mimiques, gesticulations, décors, éclairage...

" Chacun de ces moyens a sa poésie à lui, intrinsèque, ensuite une poésie ironique, qui provient de la façon dont il se combine avec les autres moyens d'expression."

La pantomime :

La mise en scène et le théâtre beaucoup plus que la pièce écrite et parlée. Antonin Artaud dénonce l'utilisation des mots pour exprimer des idées claires (= mortes et terminées.)

Qui a dit que le théâtre = élucidation des problèmes et des conflits ?

Contre le théâtre contemporain :

  1. Fait perte du sentiment du sérieux.
  2. Perte du sentiment du rire.
  3. Perte du sens de l'humour vrai et du pouvoir de dissociation physique et anarchique du rire.De l'anarchie profonde = base de toute poésie : remise en cause des formes/de signification.
    La vraie poésie est métaphysique, son degré d'efficacité métaphysique en fait le prix.

Le langage développe toutes ses conséquences physiques et poétiques, sur tous les plans de la conscience et dans tous les sens, entraîne la pensée à prendre des attitudes profondes = de la métaphysique en activité.

Il faut tirer les conséquences poétique et les possibilités de réalisation appartenant au domaine de la mise en scène comme langage dans l'espace et en mouvement.

Conséquences poétiques des moyens de réalisation= une métaphysique ; considérer les rapports entre eux.

Le geste, langage articulé sont les moyens d'expression du théâtre : exprimer ce qui n'exprime pas habituellement. Lui rendre ses capacités à ébranler, augmenter les secrets d'utilisation des moyens par rapport au sens et sur tous les plans possibles.

Théâtre et cruauté :

" au point d'usure où notre sensibilité est parvenue, il est certain que nous avons besoin avant tout d'un théâtre qui nous réveille : nerfs et cœurs."

- dénoncer les méfaits du théâtre psychologique de Racine.
- renouveler le théâtre avec action poussé à bout et extrême. La foule pense avec ses sens; spectacle pour les masses.
-de la poésie, des forces vives : images du crime + redoutable que le crime réalisé.

" le public croira au rêve du théâtre à condition qu'il le prenne vraiment pour des rêves et non pour un calque de la réalité."
faire servir le lyrisme à des fins externes.

- masses étendues d'un spectacle s'adressant à l'organisme entier.
- mobilisation intensive d'objets, geste, des signes : utilisation nouvelle.
" l'espace tonnant d'images, gorgée de ce monde, parle aussi, si l'on sait de temps en temps ménager des étendues suffisantes d'espace meublés de silence et d'immobilité."

- exploration notre sensibilité nerveuse : " c'est là, ds ce spectacle d'une tentation où la vie a tout à perdre et l'esprit tout à gagner que le théâtre doit trouver sa véritable signification."

A/ Premier manifeste.

I) LE LANGAGE.

Redonner au théâtre son langage et rompre son assujettissement au texte; fait pour un langage à mi-chemin entre parole et de pensée, geste + prononciation, intonation des mots.
Mouvement, geste des signes doivent former un alphabet. Ce nouveau langage fait des personnages et des objets des hiéroglyphes.

Utilisation de leur symbolisme, de leur correspondance par rapport à tous les organes, sur tous les plans.

Création des sortes de tentations autour des idées métaphysiques avec :

  1. L'humour, son anarchie.
  2. De la poésie, son symbolisme et ses images.

Le côté matériel du langage = moyens pour agir sur la sensibilité, mots= incantation; un lyrisme nouveau de gestes dépassant le lyrisme des mots.

L'important est que la sensibilité soit mise en état de perception plus approfondie, plus fine = objet de la magie et des rites.

Technique : faire du théâtre une fonction.

II) FAIRE DU THÉÂTRE UNE FONCTION.

Il doit constituer un moyen d'illusion vraie, offrant des précipités véridiques où la violence déborde sur un plan intérieur. Remettre en question tous les aspects du monde extérieur et descriptif, et le monde interne, l'homme considéré métaphysiquement pour parler de droits de l'imagination.

Mais si le théâtre est sanguinaire et inhumain, c'est, au-delà de tout " pour manifester et ancrée inoubliablement en nous, l'idée d'un conflit perpétuel et d'un spasme ou la vie est retranché à chaque minute."

Il faut perpétuer les idées métaphysiques par les véhicules que sont quelques fables dont les atrocités l'énergie démontre l'origine et la teneur en principes essentiels. Réaliser une création totale, où l'homme reprendra sa place entre rêve/événement.

III) LE SPECTACLE.

Un élément physique et objectif.
Un fourmillement des sensations épousera la pulsation de mouvements familiers à tous.

IV) LA MISE EN SCÈNE.

Point de départ de toute création théâtrale.
Noyau autour duquel se forme le langage type.

V) LE LANGAGE DE LA SCÈNE.

Donner aux mots à peu près l'importance qu'ils ont dans les rêves, avec de nouveaux moyens de transcription.
Inspiration des hiéroglyphes pour reproduire les signes à volonté des composés avec ses symboles précis.
Reproduction à l'infini des intonations.
De même, pour les expressions du visage, qui sont des moyens de participer symboliquement au langage concret de la scène comme des masques.
Langage concret le théâtre : geste, lapsus = l'utilisation des impuissances de la langue.
Idée concrète de la musique comme personnage.

Étagement et correspondance. Tout a un sens intellectuel déterminé.

VI) LES INSTRUMENTS DE MUSIQUE.

Employé comme objets faisant partie des décors.
Recherches de sonorités inaccoutumée. ( nouveaux diapason, nouveaux alliages.)
Création, restauration d'instruments.

VII) LUMIÈRES ET ÉCLAIRAGES.

Action sur l'esprit ; reproduire ainsi le chaud, froid, la colère...

VIII) LE COSTUME.

Éviter le moderne, l'ancien, le rituel plus proche des traditions d'origine.

IX) LA SCÈNE.

Lieu unique scène/salle, sans cloisonnement.
Le spectateur est placé au milieu de l'action, enveloppé est sillonnée par elle ; il doit se déplacer.

X) OBJETS - MASQUES - ACCESSOIRES.

Proportion singulière, ainsi sur le concret de toute image et de toute expression.

XI) DÉCORS.

Pas de décor.

XII) ACTUALITÉ.

Éloigné de l'actualité oui. Éloigné des préoccupations non.

XIII) LES ŒUVRES.

Jouer en improvisant autour des thèmes, œuvres et faits connus...
Aucun thème n'est interdit.

XIV) LE SPECTACLE.

Renouer avec le spectacle intégral.

XV) L'ACTEUR.

Il est en même temps de première importance/ un élément passif et neutre.

XVI) INTERPRÉTATION.

Spectacle chiffré comme un langage.
Tous les mouvements obéissent à un rythme.
Des personnages sont typés à l'extrême

XVII) LE CINÉMA.

Visualisation grossière de ce qui est. Le théâtre par sa poésie oppose les images de ce qui n'est pas. Une image de théâtre obéit à toutes les exigences de la vie.

XVIII) LA CRUAUTÉ.

Indispensable; par la peau seule on peut faire entrer la métaphysique dans les esprits.

Lettre explicative :

LA CRUAUTÉ.
* cruauté n'est pas synonyme de sadisme, sang et horreur... La cruauté est définie par Artaud sans déchirement charnel; comme une "rigueur, application et décision implacable, détermination irréversible, absolue."
Avt tout: lucidité = direction rigide, soumission à la nécessité. Implique une conscience appliquée, donnant à l'exercice de tout acte de vie sa couleur de sang.

CRUAUTÉ = appétit de vie, "douleur hors de la nécessité inéluctable de laquelle la vie ne saurait s'exercer." La cruauté mène les choses à leur fin inéluctable. "Dans le monde manifesté et métaphysiquement parlant, le mal est une loi permanente, et ce qui est bien est un effort et déjà une cruauté surajoutée à l'autre."

LE LANGAGE.
"Tant que la mise en scène demeurera un simple moyen de présentation, une façon accessoire de révéler les œuvres, elle ne vaudra qu'autant qu'elle parviendra à se dissimuler derrière les œuvres qu'elle prétend servir." Cela, aussi longtemps qu'au théâtre (de phare de la représentation) la littérature restera à dominante.

En fait une séparation doit être opérée avec le texte : de la parole pure.

* théâtre est devenu psychologique et l'art dramatique a fini par consister en un idéal de silence et d'immobilité : perversion sur la scène de l'idée de concentration.
* le langage des mots ; peut-être pas le meilleur possible ; l'aspect objectif des signes nous frappe mieux : le geste éclipse les mots, plastique et esthétique sont un langage communicatif directement.

À l'objection de la haute valeur dramatique des grands tragiques chez qui le côté littéraire a semblé dominer : nous n'arrivons plus à donner une idée digne de car nous avons perdu la physique de leur théâtre.
Mais " le théâtre lui-même (...) est affaire de matérialisation scénique et ne vit que de matérialisation."
" les gestes concrets doivent être d'une efficacité assez forte pour faire oublier jusqu'à la nécessité du langage parlé."

Il faut un théâtre qui agissent : " nul jusqu'ici s'est attaqué au principe du théâtre qui métaphysique". Le but du théâtre et de créer des mythes, dans un état actuel qui voit le chaos, une tension extrême. Le théâtre manque d'imagination : " c'est de cette actualité pathétique et mythique et le théâtre s'est détourné (...) le théâtre doit s'égaler à la vie, non pas à la vie individuelle (...) où triomphent les caractères mais à cette sorte de vie libérée, qui balaie l'individualité humaine."

Dans le théâtre tels que de nous le concevons, le texte est tout (VS) Antonin Artaud : nouveau en concédant leur signification particulière doit être revitalisé : " tout ce qui touche à l'énonciation particulière d'un mot, à la vibration qui peut produire dans l'espace" de "redonner au mot une valeur."

" Un mot ainsi entendu n'a guère qu'une valeur discursive, c'est à dire d'élucidation" = le mot cerne la pensée, il est aboutissement.

La poésie s'est retirée du théâtre. Le langage de la parole a été sclérosés par des lois, le mot pris comme définition, autour desquels tournent les actions d'un théâtre psychologique.

Importance des gestes dans le théâtre oriental et de Bali.

Retrouver le sens de la vie : " la vraie vie est mouvante et blanche ; la vie cachée est livide et fixe."
Les peintures à double sens, en dehors du pictural ont un enseignement : " ils révèlent des aspects mystérieux et terribles de la nature et de l'esprit."
Mise en scène doit être majorée et la poésie gratuite.

Second manifeste :
Le théâtre de la cruauté est une vie convulsive et passionnée, les éléments sont condensés à l'extrême.

Cette cruauté "se confond donc avec la notion d'une sorte d'aride pureté morale qui ne craint pas de payer la vie le prix qu'il faut payer."

I) FOND : thèmes répondant à l'agitation du moment. Thème = mythes, cosmiques et universel. renoncer à la psychologie, faire entrer l'homme recto-verso avec ses rêves... Emprunts aux vieilles cosmogonies...
II) FORME : actualisation des thèmes sur la scène. Le spectacle avant tout. Images et mouvement pour l'œil mais surtout pour l'esprit.

Des signes, non des mots. Importance de la vibration et du silence; esprit des hiéroglyphes, il faut rejoindre le théâtre populaire...

Les mots ont :

  1. un sens logique.
  2. un sens incantatoire et magique (leur forme, leur émanation sensible...).

Intervention de monstres, démonstration plastique de force = selon le principe anarchique de toute véritable poésie...

Possède une "vraie magie que dans une atmosphère de suggestion hypnotique où l'esprit est atteint par une pression directe sur les sens", il faut gagner la sensibilité et les nerfs... Utilisation des dissonances pour tous les sens.
Suppression de la scène et gigantisme : "il n'y aura pas de récit, ni de place vide dans l'esprit ou la sensibilité du spectateur."

Présentation

phBienvenue dans un monde de mots et d'images...

Bonne visite et bonne journée / nuit...

Sauf mention contraire, les œuvres présentées sont de ma réalisation.

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