Fragments d'un atelier intermittent

Exposition dans le Hall D de l'Université de Paris III Sorbonne Nouvelle
Du 23 au 30 mars 2015
(accès limité en raison du plan vigipirate)

Vous pouvez acheter une reproduction d'une des œuvres présentées en me contactant

Installation plastique

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La Guerre est finie

Les figures

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Lacryma Christi

Ce tableau a longtemps mûri dans mon imagination. Une première esquisse, réalisée sur la toile, présentait une tête aux dimensions réduites derrière laquelle étaient représentés les symboles de la Passion.

Lors de la réalisation, j’ai souhaité mettre en évidence la souffrance en travaillant l’expressivité du visage. Mon but n’était pas de respecter les proportions académiques, mais de traduire la souffrance physique par la représentation d’un corps expressif.

J’ai travaillé avec une palette de couleurs réduites afin de me concentrer sur les formes du visage. Le travail au couteau m’a permis de travailler la matière en relief, afin d’accentuer certaines zones du visage – en particulier les yeux – autour desquelles je voulais créer une émotion et une intensité dramatique. D’autre part, les couches successives m’ont permis d’apporter à chaque fois un élément de sens pour nuancer l’ensemble : une première couche pour le squelette, une seconde pour les chairs et le sang, une troisième pour l’enveloppe humaine, une dernière pour adoucir la violence de l’ensemble et faire transparaître la divinité du sujet.

 

Avant la réalisation du fond, j’ai travaillé la courbe des épaules. Celle-ci apporte une dynamique supplémentaire en offrant au regard une ligne horizontale, là où les traits du visage sont marqués par la verticalité ; elles conduisent ainsi le regard à reproduire un signe de croix. D’autre part, les épaules sont également symboliques car elles rappellent le chemin de croix avant la Passion.

Le fond a été travaillé avec une peinture diluée, qui tend à accentuer le contraste avec la matière du visage. J’ai réalisé les traits de l’auréole avec le fil du couteau et un pastel sec, afin de produire une lumière douce qui émane faiblement du corps meurtri....

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Écorché vif…

Et cousu de fil rouge…

  • Un jour,

Quand j’avais quinze ans,

J’avais feuilleté un livre…

Les Écorchés d’Houdon…

En photographie…

  • Qu’est-ce qu’il y a

En nous,

Sous nous,

Sous notre nudité ?

Sous notre chair ?

 

  • Et,

Pourquoi est-ce que

Ça fait si mal

À regarder ?

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La Nuit de l'âme

Dans l’un des romans qu’il a consacré à la conversion, Joris-Karl Huysmans fait référence à quelques sublimes pages de Saint Jean de La Croix, mystique et poète, qui analyse ainsi le phénomène de « la nuit obscure » qui débute après la conversion : « Les âmes commencent à entrer dans cette obscure nuit quand Dieu les va tirant de l’état de ceux qui commencent – qui est de ceux qui méditent en la voie spirituelle – et commence à mettre en celui de ceux qui profitent – afin que, passant par là, ils arrivent à l’état des parfaits – qui est celui de l’union divine de l’âme avec Dieu ». L’idée d’une épreuve subie par l’âme après la conversion me semblait être un défi pictural à relever, d’autant qu’elle pouvait également être prise dans un sens plus large de représentation du désespoir humain.

Mon travail s’est d’abord porté sur une réflexion autour de la couleur. Le fond de la toile a été entièrement peint en noir, afin d’apporter l’idée d’obscurité et de nuit. J’ai ensuite retravaillé cette base de noir en créant ma propre couleur : les différentes proportions des couleurs primaires que j’ai mélangées m’ont permis d’apporter des nuances dans cette obscurité, de suggérer des gouffres, des marches. J’ai travaillé par couches successives, jusqu’à l’obtention d’un équilibre des nuances. J’ai ensuite apporté de la lumière dans un angle du tableau et sur les marches, afin de créer une issue et une dynamique dans la structure du tableau.

Les deux figures du premier plan devaient jouer un rôle majeur dans la composition de ce tableau, qui repose sur une économie d’éléments représentés au profit de la suggestion et de l’impression. Elles peuvent être lues dans un sens humain – une représentation du désespoir de l’homme – mais également dans un sens mystique – la figure la plus à droite représenterait l’Homme avant la conversion, celle à gauche l’Homme après la conversion plongée dans « la nuit obscure » - ou dans un sens allégorique – la figure de droite serait un dédoublement du désespoir de l’Homme situé à gauche. J’ai privilégié des lignes de composition courbes pour les corps, qui rappellent ainsi l’escalier du fond. Les bras, assez droits, forment une dynamique vers la Lumière.

J’ai privilégié la technique du couteau car elle permet d’évoquer des formes, des abîmes et des montées en se centrant moins sur les détails que sur une impression générale, grâce à l’utilisation de mediums dans la peinture, et d’éventuelles marques du fil du couteau dans la peinture.

Surtout, le couteau m’a permis donner à voir les nuances des couches successives, en grattant les aspérités données par les medium et de travailler la peinture comme une pâte, ce qui rapproche presque la toile d’une terre à modeler. Les photos de détails ci-dessous permettent de souligner le travail sur les mains, qui sont le centre de l’expressivité de ce tableau.

Les villes

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Lumières industrielles

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La ville en bleu...

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D'après Van Gogh, la nuit étoilée

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Fin de journée apocalyptique

La nature

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Nature morte aux deux torchons

De retour de vacances, il faut reprendre les bonnes habitudes... Et le coup de pinceau ! Je vais donc vous raconter un peu l'histoire de ce tableau, "Nature morte aux deux torchons", réalisé à l'acrylique, pour satisfaire les curiosités de mes ami(e)s désireux d'en savoir toujours plus ! Et avant tout, une petite estimation du temps ; il m'aura fallu environ une trentaine d'heures pour réaliser ce tableau.

Comme souvent, je suis partie bille en tête... Les légumes qui m'ont servi de modèle ont été ramenés de ma chère terre Ardéchoise. Ils étaient posés, dans la cuisine, dans un panier, lui-même en équilibre instable sur un pot de terre cuite rouge. J'aimais les couleurs, les textures. Bon, ça ne fera qu'une énième nature morte avec des légumes, mais tant pis ! Et me voici partie à croquer (non les légumes, vous l'aurez compris...). - 1ère journée....

Je choisis de faire reposer ma composition sur un jeu de couleurs complémentaires : le vert et le rouge, le orangé et des touches de bleu dans le poivron vert, obtenu par l'adjonction de jaune et bleu). Après le croquis, je pose des aplats de couleurs et j'identifie les pointes de lumière sur mes poivrons. Et là... c'est le drame ! Je me rends compte que le haut du pot en terre est particulièrement galère, et qu'en plus, je me retrouve avec une grosse masse rouge au centre, qui risque fort de déséquilibrer l'ensemble... Je pars me coucher très énervée et désespérée.... - 2ème journée....

Pendant la nuit... (Oui, il se passe toujours des choses intéressantes pendant la nuit...) L' idée me vient (ne me demandez pas si je dormais ou non) de coller quelque motif sous les légumes. Cela permettra de dissimuler le gros pot. Apaisée à l'idée d'une issue possible, je pourchasse bientôt d'autres songes.... :)

Le lendemain, je réfléchis, fusains en main... ! L'idée du collage s'est un peu effacée. J'avais envie vraiment d'utiliser uniquement la peinture cette fois-ci, et recourir au collage pour masquer un défaut me semble en fin de compte un expédient trop simple... Je ne vais donc pas me défiler devant mon projet initial de peinture. Le problème est que mes légumes sont assez haut. Je trace des traits un peu dans tous les sens pour redéfinir des lignes. Je commence à passer en revue dans ma tête les natures mortes que j'ai vues. Je pense d'abord à un accessoire type cuillère, mais ce ne serait pas logique avec le sujet, il n'y aurait alors plus d'histoire... Désespérée je peinds tout de même les légumes avec minutie - 3ème jour...

Le 4ème jour, une histoire commence à se dessiner autour de mes légumes, qui me donneraient presque envie de les manger ! Les natures mortes que j'ai convoquée mentalement sont assez datées et sont souvent organisées autour d'un panier ou d'une coupe quelque peu chichiteuse... Le genre de vaisselle que je n'ai pas chez moi, en un mot. Je songe alors que lorsque je prépare une ratatouille (plat bien du midi, hé!), je pose souvent mes légumes sur un torchon - ne me demandez pas pourquoi, j'ai dû voir ma grand-mère faire ça. J'ouvre mon placard : merveille ! un torchon bien traditionnel, bien quelconque, avec un peu de rouge, qui fera l'écho voulu au rouge de poivron. Je dispose le torchon et je croque à nouveau, en posant quelques lignes de plis. Dans la foulée, je commence à peindre mon torchon. Je donne des directions, quelques ombres, et je peins assez rapidement... c'est un torchon, hein !

A la pause du midi du 4ème jour, je suis assez contente. Dans la foulée de la peinture du torchon, j'ai recouvert une échalote qui commençait à me casser les pieds... Mais quelque chose déséquilibre l'ensemble à mon goût. Le regard passe sans problème du torchon au poivron, mais la partie droite reste trop vide. Je compte mes éléments : 2, 4, 6...et mince, j'avais lu, je ne sais plus où qu'il était plus facile de créer une composition avec un nombre impair d'éléments... Qu'à cela ne tienne ! Je vais compléter mon histoire et ma composition en ajoutant un second torchon, que je fais dans les teintes de bleu, pour faire écho à l'orangé des oignons. A la fin du 4ème jour, les légumes et les torchons sont prêts. Mais ils sont encore en lévitation. Avant de terminer ma séance, je passe une couche de jaune mélangé à du blanc et je fais des lavis bleu très clair par endroits... Les torchons me plaisent, ils créent un élément un peu accrochant et nouveau dans cette composition.

5ème et dernier jour. Aujourd'hui, il faut avancer coûte que coûte. Je crée les lignes de la table sur le devant et je commence à peindre celle-ci avec un mélange de couleurs et de traits figurant des reflets et de la matière. Pour avoir des lignes bien droites, petite astuce, je mets un bout de scotch (attention à ne pas le poser sur de la peinture encore fraîche...). Je pose les lumières. Je travaille le fond avec un frottis de peinture jaune, blanche, bleue et verte. Mon ami trouve que l'angle du mur rend bien... Quel angle ? A bah oui, tiens, les couleurs du frottis donnent l'impression d'un angle.. Hop, autant y aller et rajouter carrément l'angle (toujours la technique du scotch). Quelques retouches sur les légumes - et qui m'ont fait devenir verte sur le poivron de la même couleur. 

Et enfin, on signe !

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Sous les arbres en fleur...

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© 2019 Pascaline Hamon.